Mercredi 19 décembre 2007

La dernière fois qu’on a causé de Tobe Hooper sur Série Bis, c’était pour en dire du bien, lui qu’on considère comme le cinéaste d’un seul film (mais quel film ! donc du coup difficile de pas avoir une certaine sympathie pour lui), on avait reparlé de son Massacre à la tronçonneuse 2 et même s’il n’est pas à la hauteur de son illustre prédécesseur, et bien, on a rappelé que c’était quand même très bien. Mais ça n’allait pas durer, car la dernière fois qu’on croisé Tobe Hooper, c’était à l’occasion de sa participation à la collection des Masters of Horror et le moins qu’on puisse dire, chers amis, c’est que c’était pas la joie, deux épisodes, deux plantades en beauté, malgré des sujets intéressants à chaque fois (une sorte de cauchemar apocalyptique pour le premier et pour le second un script de Richard Matheson sur une malédiction qui s’abat sur une petite ville des Etats Unis), Hooper nous a servi une bouillie innommable, d’une lourdeur indigeste. Si son dernier film, Mortuary, avait échoué par hasard dans nos salles, son précédant, ce Toolbox Murders ne trouvera guère preneur et attendra ainsi trois ans avant de sortir direct en DVD, on appelle ça les aléas mystérieux de la distribution des films de genres en France (vous connaissez le refrain…).


Car au fond, en voyant les premières secondes de ce Toolbox Murders, on pense immanquablement à Mortuary, avec son look de pur produit de série B qui semble dénué de toute ambition. Et pour Toolbox Murders, c’est encore plus flagrant quand on sait qu’il s’agit là d’un remake d’un obscur slasher homonyme de 1978 inédit chez nous, datant de cette divine époque où les scénaristes trouvaient leur inspiration dans les rayons de Mr. Bricolage en imaginant cette histoire d’un tueur à la boite à outils, le mec c’est Castorama à lui tout seul, sauf que le marteau ou la foreuse ont une toute autre utilité. Le film originel, je ne l’ai certes pas vu, mais vous avouerez que de là à en faire un remake, il y a sans doute plus original comme projet. Peu importe : notre ami Tobe Hooper s’y colle, ce qui est comique quand on sait que le producteur de l’original avouait à l’époque ouvertement vouloir exploiter le succès de Massacre à la tronçonneuse. Nell et son mari emménagent dans un vieil immeuble immense et un peu glauque prés d’Hollywood parce qu’ils n’ont pas l’air d’avoir trouvé mieux. Tandis que le jeune homme gagne sa croûte en travaillant comme un forcené à l’hôpital, Nell reste à la maison s’occuper de l’emménagement, mais très vite l’endroit et la solitude la plonge dans un état de malaise. Elle se met à voir des choses étranges partout et tout le monde la prend pour une folle. Pourtant le spectateur sait qu’un tueur rode. En fait, il y a quelque chose d’assez amusant déjà dans le scénario, car le tueur intervient bien de manière régulière, ses apparitions scandant le film comme dans tous slasher qui se respecte. Mais au fond, le film s’avère être un thriller en appartement, l’immeuble devenant un personnage à part entière dont notre héroïne va découvrir les nombreux mystères, se précipitant vers le danger comme pour tromper sa solitude. Les personnages secondaires n’ayant au fond que peu de consistance, les meurtres ne sont que comme un pur programme qui structure l’intrigue, le mystère fait autour de l’identité du tueur n’étant que pure foutaise (même si ça donne lieu à une pirouette rigolote vers la fin). 


Alors on pourrait dire aussi que tout cela n’est pas génialement bien écrit, mais surprise, la manière dont Hooper emballe son film, en injectant par à coups de la tension dans la grande carcasse décharnée qui sert de colonne vertébrale au récit, s’avère payante. Le rythme est fluide, la topographie de l’immeuble est plutôt bien mise en valeur (je ne suis pas fan par contre de la photo verdâtre, c’est un peu trop attendu genre « voyez comme c’est glauque ») et des que nous pénétrons dans les endroits secrets du lieu, Toolbox Murders retrouve au fond l’horreur carnavalesque qui donnait déjà à certains des meilleurs films de Hooper les allures d’un grand tour de train fantôme où le mouvement et la vitesse importe plus qu’un récit qui comme l’immeuble du film n’est qu’un puits sans fond où les cadavres émergent des placards et les monstres surgissent de derrière les murs. A ce titre, le choix d’Angela Bettis pour jouer cette héroïne qui passe pour une folle dans cet appartement peuplé de freaks est un très bon choix. Outre que je l’aime bien, elle dégage pas mal d’énergie et de douceur et son physique pas banal, pas toujours très belle mais jamais vraiment laide non plus, fonctionne assez bien. Sheri Moon Zombie se fait trucider au début et on croise en voisine de palier un autre physique bizarre, Juliet Landau, la fille de Martin Landau, je me souvenais d’elle parce qu’elle jouait dans le Ed Wood de Tim Burton. Il est donc étonnant de constater que sur un produit aussi peu ambitieux et personnel que celui-là, Hooper signe non seulement un film de très honnête facture mais même un de ses meilleurs films récents, qui arrive à transcender un matériau limite Z, pour nous laisser espérer peut-être qu’un jour il retrouve les fulgurances de Fun House ou de Poltergeist.     

par Ludo Z-Man publié dans : série bis
Samedi 15 décembre 2007

C’est d’un cinéma qui m’est pratiquement inconnu dont je vais tenter de vous parler d’une des perles rares aujourd’hui, le cinéma tchèque. Pour résumer, le cinéma tchèque se résume pour moi à quelques noms dont j’ai pu entrevoir quelques rares œuvres : tout le monde connaît Milos Forman, voire les films d’animation de Karel Zeman mais il est plus difficile de mettre les mains sur des films aussi marquants que L’incinérateur de cadavres de Juraj Herz, parabole terrifiante sur le nazisme ou l’étonnant Les petites marguerites de Vera Chitylova, fantaisie visuelle débridée et avant-gardiste. Tous ces cinéastes sont en général lié à ce qu’on a appelé la Nouvelle Vague tchéque des années 60 et dont Jaromil Jires fait aussi partie. C’est en 1970 que Jires transpose à l’écran la nouvelle du poète surréaliste Vitezslav Nezval bien qu’à la vue du film, on associera sans doute le film de Jires à une œuvre bien plus connue, le Alice de Lewis Carroll, le titre français du film Valérie au pays des merveilles accentuant encore cette confusion. On peut dire malgré tout que Jaromil Jires fait partie de ces cinéastes ayant fait leur Alice, un quasi-genre en soi (le Aliceploitation movie ??) auquel on pourrait associer nombre de films passionnants jusqu’au récent Tideland de Terry Gilliam.

 

On vous dira sans doute, et à juste titre, à quel point Valerie and her week of wonders est un film des plus étranges et des plus énigmatiques, et pourtant plus encore que tous les autres Alice-movies (on va les appeler comme ça tiens), Valérie expose son sujet de manière très explicite, il s’agit bien ici de l’histoire d’une jeune fille qui devient une jeune femme et découvre le monde des adultes. Tandis qu’elle marche à demi nue dans la campagne, des gouttes de sang viennent maculer une petite marguerite. Ce genre d’images symboliques, le film de Jaromil Jires en est plein à craquer, mais très vite, on se rend compte aussi que Jires se moque d’une réelle logique narrative. Les séquences et les tableaux se succèdent sur un rythme assez chaotique, fonctionnant parfois par association ou en écho. Pourtant, il y a bien une histoire : celle de Valérie, jeune adolescente orpheline qui vit chez sa grand-mère, une femme pieuse et austère. Une parade de comédiens débarquant dans le petit village amène l’arrivée d’un étrange homme en noir au visage monstrueux surnommé « le furet » qui semble vouloir s’en prendre à Valérie mais l’assistant de l’homme en noir, un jeune homme appelé Orlik semble lui être tombé amoureux de Valérie et tente de la protéger. Très vite, Valérie se met à évoluer dans un univers où la limite entre le rêve et la réalité s’efface de plus en plus, mais aussi où la frontière entre le bien et le mal devient à mesure plus floue. Et c’est à la fois très inquiétant et très attirant. La force du film étant de nous faire parfaitement ressentir cela : le tourbillon provoqué par cette succession d’images confine à l’ivresse et nous perdons pied non sans une certaine excitation. Des fois, nous nous perdons même totalement, le film en devenant au bout d’un moment assez difficile à suivre (il me paraît difficile, lors d’une première vision, de ne pas avoir l’impression qu’on a peut-étre raté quelque chose ou de ne plus savoir très bien où on en est) et ce malgré sa courte durée.

 

Mais ça n’a guère d’importance, car il s’agit bien de se laisser porter par la beauté ambiguë de ce film qui joue constamment sur les retournements et les effets de miroirs. Toute chose à son contraire, rien n’est tout blanc ou tout noir, chaque personnage semble avoir deux visages, le bien ne semble pas pouvoir exister sans le mal. Le réalisme bucolique merveilleux des décors cohabite avec un onirisme cauchemardesque trouvant ses origines dans la grande tradition de l’épouvante, puisque Jires y introduit la thématique du vampirisme, ce qui lui permet, à travers de nombreuses visions macabres de rendre hommage à l’expressionnisme allemand, tout en exploitant la symbolique du vampire, le « furet » incarnant ici plusieurs facettes du mal, par exemple une figure paternelle effrayante. Dans ce foisonnement d’images oniriques, l’épouvante côtoie un érotisme omniprésent. Dans un premier temps voyeuse (et nous avec elle) quand elle regarde avec curiosité des jeunes fermières s’ébattrent nues dans la rivière où un jeune couple faire l’amour prés d’un arbre mort, Valérie devient ensuite elle-même un objet de désir, déclenchant tout autant les sentiments du jeune Orlik que les assauts libidineux d’un prêtre pervers et pédophile. A l’image effrayante d’une sexualité inquiétante incarnée par le vampire, a ce défoulement pulsionnel qui semble braver tous les tabous et les interdits (y compris ceux de l’inceste), Jires oppose le puritanisme d’une société à la morale rigide, menant au fanatisme et à l’intolérance. On peut aussi sans doute voire là un sous-texte politique, tant les autorités et les pouvoirs religieux sont constamment malmenés, mais ce serait transformer en pensum idéologique une fable fantastique qui ne semble d’avoir que pour seule ambition que d’effrayer, d’émerveiller et d’envoûter le spectateur. Qu’on soit plus ou moins touché par cette œuvre, il me paraît difficile malgré tout de ne pas être fasciné par la sensualité qui en émane et qui trouve son apogée dans un final orgiaque et frénétique. Difficile aussi d’oublier celle qui incarne cette beauté, la plus belle actrice jamais filmée (le temps du film en tous cas), Jaroslava Schallerova, jeune nymphette dont la grâce et la sensualité sont sublimées à chaque instant, de mémoire, rarement l’érotisme de la figure de l’adolescente (à part peut-être dans le Pique Nique à Hanging Rock de Peter Weir) n’aura été célébré de manière aussi belle et troublante. Il entrerait d’ailleurs sans doute en bonne place dans mon palmarès des films les plus érotiques que je connaisse. Une vraie découverte pour un film malheureusement encore inédit chez nous.      


                                

par Ludo Z-Man publié dans : série bis
Samedi 15 décembre 2007

Dans la série « je fais le mec qui s’y connaît mais j’ai même pas vu les grands classiques », j’ai découvert récemment ce fameux film de Jack Arnold, l’un des artisans les plus mythiques de la série B américaine des années 50. C’est tardivement que j’avais vu en salles ce qui semble être sa plus brillante réussite, L’homme qui rétrécit, film qui demeure d’une efficacité assez remarquable grâce à des effets spéciaux qui ont vraiment bien résistés à l’épreuve du temps et au script intelligent de Ray Bradbury. L’étrange créature du lac noir vient tardivement s’ajouter au bestiaire des monstres qui ont hanté les productions Universal dés l’age d’or du cinéma d’épouvante dans les années 30. Conçue comme une pure série B, le film deviendra au fil des années un classique connu pour plein de raisons très diverses. Un de ses titres de gloire est de toucher la corde sensible de Marilyn Monroe dans la scène la plus mythique d’un autre grand classique du cinéma, Sept ans de réflexion de Billy Wilder. Chez nous, le film de Jack Arnold est célèbre pour avoir donner lieu à la première expérience de diffusion en 3D à la télévision française dans la défunte émission de Patrick Brion et Eddy Mitchell, La Dernière Séance. Son succès commercial fut suffisant pour motiver la mise en route de deux suites tournées respectivement en 1955 et 1956.


Le point de départ du récit est une expédition en Amazonie qui aboutit sur la découverte du fossile d’une patte d’un animal inconnu. Une autre expédition est alors organisée avec plusieurs prestigieux scientifiques, mais l’opération tourne au cauchemar quand l’équipe découvre que les autochtones chargés de garder le camp ont été tous sauvagement massacrés. Le groupe de scientifiques se retrouve donc en milieu hostile et ils vont affronter un monstre particulièrement dangereux. Même s’il amène le postulat du monstre aquatique, L’étrange créature du lac noir respecte en tous points les codes du genre hérités en somme de King Kong en délivrant au spectateur sa dose d’exotisme, d’aventures, d’érotisme et de terreur. Le lieu de l’action reste quasiment le même du début à la fin du film enfermant les protagonistes dans un coin de jungle, où le monstre rode et peut apparaître à n’importe quel moment. Si sa présence est suggérée pendant le premier tiers du film, il apparaît vite au grand jour, devenant un personnage à part entière, par le biais d’une apparence suffisamment soignée pour ne pas verser dans le ridicule. Le développement du récit et des personnages reste assez classique, doublé d’une sous-intrigue sentimentale autour du seul personnage féminin de l’équipage interprétée par Julie Adams qui en se promenant en tenue légère à certains moment assure l’indispensable quota de sensualité nécessaire à l’ambiance moite du film. Notre homme-poisson lui-même n’y sera pas insensible, on s’en doute bien, ce qui nous emmène là aussi vers le terrain bien connu du monstre attiré par une charmante créature que nos héros devront sauver en allant la chercher dans la tanière du méchant mutant.


Avec ses scientifiques aventuriers, sa demoiselle en détresse et son monstre sauvage, le film de Jack Arnold demeure d’un classicisme absolu mais qui prouve malgré tout le savoir-faire technique imparable de son réalisateur. Comme je m’en étais déjà émerveillé sur L’homme qui rétrécit, je ne pouvais que constater ici l’efficacité de la mise en scène qui impressionne encore aujourd’hui. Outre le soin apporté aux décors et aux costumes comme je l’ai déjà mentionné, l’ingéniosité technique des scènes sous-marines est stupéfiante et ces morceaux d’anthologie riches en suspense et en action sont d’un réalisme étonnant et qui n’a franchement pas pris une ride. Il manque malgré tout à l’ensemble pour moi le petit grain de folie qui en ferait un chef d’œuvre et qui me toucherait plus directement (par exemple, la noirceur et l’émotion de L’homme qui rétrécit qui atteignaient leur paroxysme dans un dénouement des plus déconcertants). Peut-être trop prévisible pour être aussi marquant aujourd’hui, sans doute aussi victime d’avoir inspiré tant de films depuis (pas forcément meilleurs par ailleurs, je pense au Continent des hommes-poissons de Sergio Martino par exemple, franchement kitsch lui), L’étrange créature du lac noir mérite quand même assez bien sa réputation de classique du genre, de série B solide et habile, troussée par un faiseur talentueux.

par Ludo Z-Man publié dans : série bis
Mercredi 5 décembre 2007

Bien avant que les bikers deviennent les symboles de la liberté triomphante et des idéaux peace and love du cinéma de la fin des années 60 grâce à Easy Rider, les bad boys en motos avaient plutôt une réputation sulfureuse que le cinéma d’exploitation ne manqua pas d’immortaliser. Evidemment, LE film ultime sur le sujet, ce reste de toute façon le Scorpio Rising de Kenneth Anger, documentaire halluciné sur l’univers des motards, le fétichisme des machines chromées sur fond de svastika et d’imagerie blasphématoire. C’est d’ailleurs une introduction idéale à toute la mythologie des bikers que tant de séries B ou Z exploiteront par la suite, non sans outrepasser très largement les limites du ridicule. Après le précurseur Motor Psycho (1965) de Russ Meyer où des motards sèment la panique dans un coin paumé des Etats Unis rempli de bouseux arriérés et de créatures plantureuses, c’est Wild Angels (1966) de Roger Corman avec Peter Fonda qui lance la mode du genre grâce à un gros succès commercial.


C’est en 1957 que Sonny Barger fonde à Oakland en Californie le Hell’s Angels Motorcycle Club dont l’un des faits d’armes sera tristement immortalisé au cinéma dans le documentaire Gimme Shelter, retraçant le tragique concert des Rolling Stones au festival d’Altamont en 1969 qui vit la mort d’un des spectateurs, poignardé par un des Hell’s Angels qui avait été engagé par les Stones pour assurer le service d’ordre. Auparavant, le leader des Hell’s Angels apparaîtra dans deux longs métrages de fiction surfant ouvertement sur le succès du Wild Angels de Roger Corman. Hell’s Angels 69 de Lee Madden raconte l’histoire de deux frangins pétés de thunes qui décide de tromper leur ennui en commettant un casse à Las Vegas, comme ça, pour la beauté du geste. Ils décident de s’infiltrer dans le gang des Hell’s Angels afin d’exploiter leur complicité pour réussir le casse. Curieusement, le film n’exploite jamais vraiment son idée de départ, à savoir l’opposition intéressante entre ces deux héros assez antipathiques en fait, venus d’une classe sociale aisée et qui se confrontent à une bande de marginaux dont les valeurs sont radicalement opposées. Au lieu de ça, nous assistons à un film curieux, avec d’abord une histoire de casse, puis une course poursuite dans le désert qui solde la revanche des bikers. Jamais suffisamment haletant et surtout souffrant d’un rythme assez mou, Hell’s Angels 69 ne m’a du coup guère captivé et ne semblait trouver son intérêt que dans l’aspect documentaire lié à l’idée de filmer de vrais Hell’s Angels et de les faire jouer leur propre rôle. Sur cet aspect là, Hell’s Angels on Wheels réalisé en 1967 par Richard Rush (oui, oui, celui qui a réalisé Color of Night, film pour lequel certains de mes lecteurs les plus pervers auraient une petite affection) s’avère d’ailleurs plus sympathique, la quasi-totalité du métrage, toujours placé sous le parrainage de Sonny Barger qui fait une apparition au tout début, est consacré aux activités essentielles d’un Hell’s Angels, boire, faire la fête, se bastonner dans les bars et foutre la zone dans les fêtes foraines. Autant dire malgré tout que les agissements sulfureux de ces motards ont perdu de leur impact tant, même si l’un d’eux commet un meurtre à un moment du film, ils n’ont l’air tout au plus qu’une bande de joyeux drilles et l’ambiance gentiment psychédélique du film, rythmé par la bande son groovy de Stu Phillips, n’arrange rien à l’affaire. Plus fun encore, le héros non initié qui va entrer plus ou moins malgré lui dans la bande des bikers, c’est quand même un certain Jack Nicholson, periode pré-Easy Rider, c’est plutôt amusant de le voir ici dans le rôle du Poète, une espèce de loser un peu paumé, qui fuit son boulot ennuyeux de pompiste pour s’embarquer avec la bande des bikers, un rôle pas si éloigné que celui qu’il aura dans Five Easy Pieces de Bob Rafelson. Il faut le voir un peu ahuri lors d’une scène de fête où les motards s’essaient au body-painting sur une jolie fille toute nue. Malheureusement, l’intrigue, un triangle amoureux entre le Poéte, le chef de la bande et une jeune femme, tourne court, jusqu’à un dénouement abrupt qui laisse perplexe. Assez kitsch et somme toute assez gentillets, ces films ne sont donc que des petites curiosités auquel l’atmosphère sixties confère un charme malgré tout bien futile.       


Par la suite, d’autres films tenteront de renouveler le genre, on en reparlera peut-être mais pour vous allécher, je vous laisse saliver sur des titres tels que She Devils on Wheels de Herschell Gordon Lewis, une version féminine du genre avec des bikeuses pas contentes, Satan’s Sadists d’Al Adamson, The Black Angels de Laurence Merrick, une version blaxploitation comme il se doit et même Werewolves on Wheels de Michel Levesque, un sacré concept que ces loups-garous bikers, franchement il fallait oser.

Parmi les avatars très dégénérés du film de motards, on trouve par exemple un très curieux The Undertaker and His Pals réalisé en 1966 par T.L.P Swicegood et qui nous raconte les atrocités commises par un gang de motards en cuir noir qui se balade en ville la nuit pour perpétrer des crimes barbares. En fait, la vraie curiosité de cette bande grand-guignolesque est d’être un des tout premiers avatars de la vague gore lancée par le Blood Feast d’Herschell Gordon Lewis. Les psychopathes s’en donnent en effet à cœur joie puisque de frêles créatures meurent tour à tour poignardées, empalées et/ou découpées en morceau, les premières effusions de sang étant mises en valeur par un passage du film du sépia à la couleur. Mais le plus étrange reste la claire tonalité comique donnée au film et qui fait basculer le métrage dans le n’importe quoi le plus total. Si les films de Gordon Lewis témoignaient déjà d’une certaine forme d’autodérision (plus ou moins volontaire diraient les mauvaises langues), ici on patauge dans le burlesque poids lourd qui égaye les péripéties macabres de cette histoire pour le moins surréaliste, où l’on croise un croque-mort sans scrupules, un détective qui se prend très au sérieux et des restaurateurs qui expérimentent de drôles de recettes à base de chair humaine. Si certaines touches d’humour font vaguement sourire, cette orientation burlesque très marquée finit par alourdir un film qui, vous vous en doutez, reste quand même une série Z aux qualités cinématographiques plus qu’approximatives avec des acteurs totalement en roue libre. Paradoxalement, la volonté de tirer le récit vers la comédie rend le film bien moins sympathique que ceux d’Herschell Gordon Lewis, auxquels une désinvolture goguenarde apportait un certain charme. Par contre, la bande annonce est assez amusante, je vous laisse apprécier.


Mais on frise carrément l’accident de moto avec l’effroyable
Wrong Way réalisé en 1972 par Ray Williams, shocker minable à base de motards pervers et de hippies défoncés, qui évoque une version foireuse du Last House on the Left de Wes Craven. Une bande de pervers s’acoquine avec des bikers pour trouver de la drogue et prennent en otage deux gentilles filles, tombées en panne alors qu’elle partaient en balade, afin de leur faire subir les derniers outrages. On nage ici dans les abysses du sexploitation avec cette série Z crapoteuse et glauquissime dont le point d’orgue demeure une aberrante scène de gang-bang pratiquée sur le bord d’une route de campagne et qui occupe à elle seule le tiers du métrage. Quasiment impossible à regarder à vitesse normale (et dotée d’une des BO les plus inaudibles que je connaisse), Wrong Way porte pourtant merveilleusement bien son titre car il nous réserve une ultime audace qui est celle de changer d’intrigue à un quart d’heure de la fin (un couple de loubard qu’on avait jamais vu jusqu’alors deviennent brusquement les personnages principaux du film) avec pour seule raison apparente de nous gratifier d’une ultime scène érotique dans un motel miteux. La scène où les deux pauvres filles, après avoir été violées et brutalisées de toutes les manières possibles, demandent à leurs bourreaux de les ramener chez elles, parce que bon, c’est salaud de les laisser comme ça au milieu de nulle part et qu’elles vont être en retard pour le souper, dépasse toutes les limites de la débilité. Le cinéaste Ray Williams reste inconnu au bataillon et dans un sens, cela vaut mieux pour vous.

par Ludo Z-Man publié dans : série bis
Mercredi 31 octobre 2007

(Illus : Daniel Clowes)

Le baron Frankenstein est de retour, le gardien de la crypte invente des histoires morbides, l’épouvantail dégomme du teenager dans les champs de maïs, bref, c’est Halloween sur Série Bis !

 

TRICK or TREAT ?

 

Pour lire Série Bis avec une ambiance musicale ad hoc, retrouvez l’ambiance du classique de John Carpenter.

Ou alors redécouvrez ce classique de saison, après Siouxsie and The Banshees l’année dernière, laissez vous bercer par la douce ritournelle des Shaggs, LE plus grand girl-group de tous les temps !



It's Halloween

It's Halloween
It's Halloween
It's time for scares
It's time for screams
It's Halloween
It's Halloween

The ghosts will spook
The spooks will scare
Why, even Dracula will be there

It's time for games
It's time for fun
Not for just one
But for everyone

The jack-o-lanterns are all lit up
All the dummies are made and stuffed
By just looking you will see
It's this time of year again

It's Halloween
It's Halloween

All the kids are happy and gay
There doesn't seem to be a cloud in their way
But when it's over and they've had all their fun
They'll wish that Halloween had just begun

Oh, there are witches, goblins, vampires, devils, Frankensteins and zombies
And there are tramps, Cinderallas, pirates, angels and gypsies
So let's have lots of fun and give many cheers
For Halloween comes but once a year

It's time for games
It's time for fun
Not for just one
But for everyone

It's Halloween
It's Halloween
It's Halloween
It's Halloween

It's Halloween!

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