Mercredi 30 avril 3 30 /04 /Avr 13:17
En guise d’introduction à cette note, c’est avec plaisir qu’à la demande d’un lecteur, je me permets de signaler un événement qui se déroulera à Paris au courant de mois de mai, il s’agit d’un colloque organisé par Nicole Brenez sur le thème REMPLOIS SAUVAGES. En guise de clôture, vous pourrez assister dans ce lieu pour le moins inattendu de l’auditorium du Louvre, à une soirée dont le programme, vous verrez, est complètement dans la lignée de mon blog Série Bis et de ce cinéma que, chers amis lecteurs, vous appréciez sans doute (mais aussi d’autres choses alléchantes, comme une carte blanche dédié au passionnant cinéaste expérimental, Peter Tscherkassky, auteur d’un film extraordinaire oû il retravaille les images du film d’horreur de Sidney J. Furie, L’Emprise). En voici le descriptif :

Le dimanche 18 mai à 20 h00, à l'auditorium du Louvre, Paris, REMPLOIS SAUVAGES sera la soirée de clôture d'un colloque organisé par Nicole Brenez (*) et présentera les moments les plus fous de recyclage de pellicule dans le cinéma B et Z.

Très loin des remplois savants, s'est développée la poésie sauvage des films de stockshots, souvent utilisés dans le cinéma de séries B et Z pour pallier toutes sortes d¹insuffisances plus ou moins avouables dans un champ où tout est permis.
Seront présentés:

- en ouverture un montage / clip original des recyclages, stock shots et raccords foireux les plus absurdes ou délirants ou significatifs du cinema B/ Z. Ce montage original comprendra des extraits rares de films de Jose Mojica Marins, Al Adamson, Ceytin Inanc, Ed Wood, Bruno Mattei,
Tomas Tang, Jess Franco, JP Bouyxou, etc... avec un emballage didactique et un accompagnement musical de circonstance

- puis le film-culte Dünyayi Kurtaran Adam, plus connu sous le nom de « Turkish Star Wars » (1982), réalisé par par Çetin Inanç, empereur du stock-shot, et interprété par le célèbre Alain Delon turc, Cüneyt Arkin (version sous titrée en français inédite).


(*) L'image matière, histoire du cinéma par lui-même, 17-18 mai, Paris, le Louvre.

Pour toutes informations complémentaires, vous pouvez aussi jeter un coup d’œil
ici. Et bravo aux organisateurs de cet événement tout à fait original.

Quand le cinéma d’horreur nous arrive directement en DVD sans passer par la case cinéma, ni toucher 20000 francs (ah, non ça c’est au Monopoly), il est aussi sur Série Bis. Passons donc en revue quelques films qui pimenteront peut-être vos futures virées au vidéo-club.

On commence avec Détour Mortel 2 (Wrong Turn 2 : Dead End), qui comme son nom l’indique assez clairement est la suite directe du Détour Mortel de Rob Schmidt, sympathique série B estivale de 2003 qui avait surpris son monde à une époque ou le genre du survival n’était pas encore revenu à la mode et ne saturait pas encore les écrans. C’est sans aucun doute pour surfer sur cette tendance que les producteurs ont décidé de remettre le couvert, mais plus modestement cette fois, en se fendant d’un produit directement destiné au marché du DVD. C’est Joe Lynch, un débutant total qui s’y colle. Le scénario utilise un prétexte d’émission de télé réalité de type Survivor, ou une bande de gus vont devoir survivre en milieu hostile en remportant des épreuves. Malheureusement, le décor du jeu a été installé sur le terrain de chasse d’une famille de cannibales dégénérés qui vont en profiter pour faire des pauvres candidats leur casse-croûte. Un concept bien dans l’air du temps mais pas original pour autant puisqu’il servait, si mes souvenirs sont bons, aussi de point de départ à deux autres suites : Halloween Resurrection et Blair Witch 2 (dans lequel jouait déjà la jeune et fort mignonne actrice Erica Leehrsen que l’on retrouve ici). Mais ça n’a aucune importance, car le scénario assume tout ça clairement, bref, soyons francs, dans sa globalité, ce film, c’est n’importe quoi. Avec son esthétique de téléfilm de seconde zone (et c’est dommage parce que le Joe Lynch aurait quand même pu faire un effort plutôt que de filmer paresseusement le script), Détour Mortel 2 prend vite les allures d’un slasher joyeusement débile qui pourrait paraître somme toute bien désuet s’il n’était pas dopé par une débauche de violence gore d’un mauvais goût constant et d’une potacherie pas spécialement involontaire. Bien qu’assez inoffensif malgré tout, Détour Mortel 2 nous fait quand même mesurer le décalage entre les films d’horreurs des années 80 et 90 bien timides et ceux des années 2000 osant quelques outrances graphiques (bon d’accord Hollywood produit toujours malgré tout des films d’horreur sans une goutte de sang labellisés PG-13) qu’il fallait jusque là aller chercher dans le cinéma bis italien. Donc si vous voulez voir un pur film d’exploitation complètement débile et extrêmement gore produit par une grande major (la Fox quand même), c’est Détour Mortel 2 qu’il vous faut. Attention, c’est quand même du très régressif, second degré exigé.


Dans un genre tout aussi peu subtil, Werewolf in a Woman’s Prison a le mérite de jouer franc jeu avec son titre alléchant en forme de cross-over entre la figure classique du loup-garou et l’univers poisseux des prisons de femme, familier aux amateurs de bis. Ce film de 2007 est l’œuvre de Jeff Leroy, cinéaste spécialisé dans la série Z artisanale, limite home-made, dont l’univers peuplé de monstres cheap et de bimbos généreuses en font le digne successeur d’un Andy Sidaris ou d’un Jim Wynorsky. En fait, plus que tous ses illustres prédécesseurs, Leroy s’adresse directement à un public d’amateur du genre qui apprécie avec quelle générosité le bonhomme donne dans le kitsch et le mauvais goût le plus absolu. L’histoire est la suivante : après avoir vu son amant mourir dévoré par un loup-garou, une jeune femme se retrouve en prison, accusé du meurtre, sauf qu’elle est à son tour possédée par la malédiction du lycanthrope et que donc un soir de pleine lune, elle va se transformer et plonger la prison dans un véritable bain de sang. Même si Leroy se fend d’un loup-garou au look pas plus déshonorant que l’immonde machin en image de synthèse qu’on voyait dans le Cursed de Wes Craven (et qui nous faisait un fuck face caméra dans un plan devenu désormais légendaire), le reste sent le petit budget à plein nez et cette direction artistique minimaliste à souhait nous plonge d’emblée dans une ambiance très « premier samedi du mois sur Canal », ce qui ravira les plus pervers d’entre nous. C’est après que ça se corse, car si d’évidence Leroy joue la carte du cliché assumé et revendiqué comme un gag (le directeur sadique, la matonne perverse qui prend des photos scabreuses de ses prisonnières pour les poster sur son site Internet, www.prisongirlsgonewild.com !!!), le délire devient vite des plus poussifs (sans pour autant atteindre les sommets d’un
Rectuma). Leroy a beau alors être généreux sur les effusions de sang, le film s’avère répétitif d’autant que par moment, Leroy semble presque vouloir faire un film plus soigné que d’habitude là où ses précédents opus tiraient (volontairement ou non) leur charme de leur look en forme de bricolage ringard, parfois proche du suédage immortalisé par le Be Kind Rewind de Michel Gondry. Résultat : ce loup-garou dans la prison de femme ennuie quand même beaucoup.

Alors, dans le style « on n’a pas d’argent mais on a des idées » allons voir du côté d’une référence du genre, Lloyd Kaufmann, le boss de la Troma, dont le cinéma potache et délirant s’est bizarrement bonifié avec le temps. Si la Troma continue de produire et de distribuer un paquet de nanars plus ou moins obscurs, Lloyd Kaufmann continue de réaliser des films qui contribuent à l’image gentiment excentrique et anarchiste de la firme et même si ce farouche indépendant exploite le filon avec beaucoup de malice, force est de reconnaître qu’il ne s’est pas renié et que ses films témoignent encore de cette énergie potache et loufoque qui ravit les fans. Si les films de la Troma prennent leur source dans le cinéma bis, Kaufmann fait un cinéma ouvertement parodique basé sur un humour qui est une sorte de loufoquerie très trash. Il s’agit donc ici de rire franchement de tout ce que la bienséance ou le bon goût rejette poliment. Pourtant, Poultrygeist : Night of the Chicken Dead (The Musical), son dernier monument a été taillé pour une sortie en salles (mais peu d’espoir de le voir débarquer en France, soyons clairs). Pour autant, la mise en scène reste par moment assez approximative (les numéros musicaux par exemple, c’est pas vraiment ça) et donc l’intérêt n’est pas vraiment là. Ce qui réjouit malgré tout, c’est que Kaufmann et sa clique sont loin d’avoir mis de l’eau dans leur vin et prolonge la tradition comique de la firme qui consiste à faire feu de tout bois en tirant sur tout ce qui bouge. En allant vers des films plus soignés afin d’essayer de toucher un plus large public, Kaufmann a eu l’excellente idée de miser sur une écriture largement meilleure qu’à ses débuts (notamment en s’entourant ces dernières années de gens qui ont depuis fait leurs preuves tout seuls comme James Gunn ou Douglas Buck). L’euphorie bordélique est toujours à son comble mais les idées fusent vraiment et c’est souvent, il faut le dire, hilarant. Jugez plutôt : Arbie et sa copine, Wendy, s’apprêtent à avoir leur première expérience sexuelle dans un vieux cimetière indien (pour être précis juste à côté de la tombe de l’indien des Village Pepole !!!) afin de souder leur relation avant que Wendy parte étudier à la fac. Quelques mois plus tard, les deux tourtereaux se retrouvent mais entre temps, un fast-food a été construit sur le cimetière indien et surtout Wendy est entré dans un groupuscule d’activistes lesbiennes alter-mondialistes végétariennes anti-fast-food (!) oû elle a rencontré une très jolie fille nommée Micki a qui elle adore rouler des pelles, histoire de se rebeller contre le système. Désespéré par la trahison de Wendy, Arbie décide alors de prendre un job minable dans le fast-food en question et va vite découvrir que ça se passe comme ça chez qui vous savez, qu’ils font peut-être des hamburgers mais qu’ils ne les font pas forcément bien. Si la satire est une des composantes de l’humour de Kaufmann, Poultrygeist ne s’apparente pas pour autant à un pamphlet ni à un tract anti-junk-food mais bien à une arme de destruction massive ou tout le monde en prend plein la gueule (le héros est un sombre crétin, le directeur du fast-food est un membre du Ku Klux Klan, les militants deviennent rapidement des zombies mongolos et affamés…) dans un grand éclat de rire nerveux. Là où n’importe qui se serait arrêter de peur de pousser le bouchon trop loin, Kaufmann, lui, n’est en qu’au point de départ. L’outrance est alors de mise tout le temps. Le soin apporté aux effets spéciaux permet de plus quelques délires mémorables (comme ces clients attaqués par des nuggets tueurs !). Le rythme en pâtit parfois un peu, il faut le dire, le film aurait gagné à être un peu plus resserré, mais témoigne de cette belle énergie foutraque qui fait les meilleurs films de la firme. Tout cela est donc fort recommandable.


PS : pour ceux qui suivent la série How I Met Your Mother, j’espère que vous avez apprécié l’hommage dans l’épisode 13 de la saison en cours à
Manos, the Hands of Fate, film culte que j’avais chroniqué ici-même. Si comme Ted, je déniche une fille à qui je peux montrer ce film à notre premier rendez-vous, je l’épouse d’office !!!
Par Ludo Z-Man
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Mercredi 16 avril 3 16 /04 /Avr 22:26

A l’heure ou Gregg Araki avec son récent Smiley Face a remis au goût du jour le concept du film façon bad trip (en l’occurrence avec une Anna Faris défoncée à coups de space cakes), revenons sur un classique du drugsploitation movie, The Trip, l’un des plus fameux opus de la filmographie prolifique de Roger Corman. En dehors de sa carrière de producteur et de distributeur dont nous avons déjà parlé, son activité de cinéaste s’étale sur une bonne quinzaine d’années. Il devient un des pillers de la AIP, la compagnie de Samuel Z. Arkoff, réalise quelques fleurons de la série B fauchée dans les années 50 puis dans les années 60 tourne ces fameuses adaptations des nouvelles de Edgar Allan Poe. A la fin des années 60, les films de Corman ont pour ambition de jeter un regard sur une certaine contre-culture émergente et s’orientent vers des sujets plus controversés et originaux et qui l’amèneront à rompre progressivement sa collaboration avec la AIP. Il faut dire qu’il est bien entouré, au sein de la AIP, nombre de cinéastes talentueux connaissent des carrières singulières (comme Monte Hellman) et Corman travaille avec une écurie d’acteurs qui incarnent encore aujourd’hui des figures emblématiques de cette époque du cinéma américain. L’aura « culte » du film, si je puis dire, doit beaucoup à cela. The Trip est par ailleurs basé sur un scénario écrit par Jack Nicholson qui avant de devenir la star que l’on connaît écrivit quelques films pour la firme et eut même ses premières expériences de réalisateur. Le scénario aurait des échos autobiographiques pour Nicholson se retrouvant à la fois dans la situation du personnage principal confronté à la crise de son couple (Nicholson venait alors de séparer de sa première épouse) et puisant dans ses expériences personnelles avec le LSD. La légende prétend même que Corman et les comédiens principaux auraient eux aussi essayé le LSD, histoire de se documenter.

 

Le héros, Paul Groves, interprété par Peter Fonda, est un publicitaire cynique et désabusé, miné par l’échec de son couple et en pleine procédure de divorce. Par le biais d’un ami qui fréquente une communauté dirigée par un gourou interprété par Dennis Hopper, il a l’occasion de faire sa première expérience hallucinatoire assistée sous LSD. Désirant tenter le coup pour, dit-il, peut-être découvrir quelque chose sur lui-même, il accepte. Et.. c’est tout. C’est ça qui constitue par ailleurs la première originalité du film. Le déroulement du récit se limite au « trip », le personnage de Peter Fonda absorbe sa dose puis il hallucine pendant la quasi-totalité du film. Ce « trip » est donc aussi une errance dans laquelle le personnage se perd sans but précis, le seul véritable événement scénaristique étant le moment ou il finit par échapper à la surveillance de son ami. La trame reste ainsi particulièrement ténue et The Trip ne raconte donc rien d’autre que ce que suggère son titre. Le point de vue de la mise en scène est ambigu puisque le trajet du héros est néanmoins structuré par son interaction avec d’autres personnages (dans un premier temps, son ami qui est censé l’assister dans son trip puis plus tard d’autres rencontres hasardeuses) qui fournissent en quelque sorte des points de vue extérieurs. La narration est pourtant perturbée par l’insertion de séquences clairement oniriques et surréalistes dans lequel nous explorons les fantasmes de Paul. Il se voit alors faire l’amour à son épouse dans une scène à l’érotisme apaisé et planant. Mais le voyage prend vite une tonalité plus cauchemardesque, il se retrouve alors marchant dans la forêt croisant des créatures toutes droites sorties d’un roman de Tolkien puis errant dans des châteaux lugubres qui évoquent les décors des adaptations de Poe (ça tombe bien, Corman le roublard réutilise ici ses propres décors). Puis ce sont des images douloureuses de sa femme le trompant avec un autre homme qui surgissent et le précipitent dans la paranoïa.

 

Pour traduire les effets hallucinatoires du LSD, Corman expérimente toute une série d’effets visuels allant de la projection lumineuse et stroboscopique sur les décors et les acteurs à des séquences kaléidoscopiques voire carrément abstraites sans oublier cette scène d’errance urbaine et nocturne, montée comme un crescendo hystérique sur une bande son free jazz. Cela dit, le film n’en laisse pas une impression persistante de kistcherie, celle-ci étant à double détente. Esthétiquement, The Trip semble compiler tous les clichés liés au psychédélisme, c’est d’ailleurs ce qui fait son charme certes, mais du coup, on a du mal à prendre le film au sérieux. Par ailleurs, la seconde partie du film évolue sur un ton plus léger qui n’exclue d’ailleurs pas l’humour (voire la scène très amusante du lavomatic), mais surtout le film s’achève définitivement sur une note plus apaisée. Et malgré son aspect chaotique et déstructuré, The Trip apparaît très lisiblement comme un récit initiatique à la morale typiquement « peace and love ». Dans sa volonté de témoigner de son époque, Corman nous présente un personnage sans but ni valeurs, perdu dans un monde superficiel (mais aussi une Amérique avec le Viet Nam pour hors champ), qu’on pourrait par ailleurs rapproché du personnage de David Hemmings dans le Blow Up d’Antonioni (le personnage de Peter Fonda n’exerce d’ailleurs pas le métier de publicitaire pour rien). Il est là le propos de Corman et c’est en cela que son film tranchait clairement avec d’autres films sur un thème similaire. On y a vu la matrice du drugsploitation movie mais ce n’en est pas un car faire l’apologie ou au contraire condamner l’usage du LSD n’intéresse dans tous les cas pas du tout Corman (en ce sens, c’est l’antithèse de tous les films que nous avons évoqués sur le sujet, genre Reefer Madness). Ce point de vue amoral était sans doute pour l’époque une des grandes audaces du film. Elle fit d’ailleurs peur à la production qui força Corman à accompagner la projection d’un message d’avertissement, histoire de ne pas heurter les sensibilités.



Par Ludo Z-Man
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Mercredi 16 avril 3 16 /04 /Avr 22:01

Nous avions déjà abordés, il y a un certain temps, le thème des « educational movies » à travers le cas des productions du génial Dwain Esper qui dans les années 30 s’était donné pour mission d’avertir les bons citoyens des dangers qui les guettaient et que de boire un verre de trop ou fumer un joint pouvait au choix gâcher leur vie, provoquer en eux des envies lubriques irrépressibles, leur faire contracter des maladies douteuses, les amener à faire de prison ou à commettre des crimes, les faire sombrer dans la folie, les amener au suicide et bien d’autres joyeusetés (rayer les mentions inutiles). Si les films de Dwain Esper anticipent la rhétorique des films de propagandes qui fleurissent dans l’Amérique puritaine des années 50 et 60 (voir les effrayantes productions de Sid Davis, Boys Beware ou Girls Beware, destinées à inciter les jeunes américains à rester dans le droit chemin, équivalent cinématographique des comics débiles de l’inénarrable fanatique Jack Chick), on y décèle déjà l’opportunisme racoleur et la roublardise hilarante des films d’exploitations de l’age d’or. Et dans les années 60, en pleine émergence du mouvement hippie, fleurisse nombre de séries Z et autres nudies qui sous prétexte de témoigner de leur époque en donnent une image stupidement caricaturale et donc forcément hilarante. 

 


C’est essentiellement son titre génial, Alice in Acidland, qui fait sortir de l’ordinaire cet obscur long métrage réalisé en 1968 par un certain John Donne et qui s’avère être un étrange nudie sous fumette, grand moment d’érotisme old school déguisé en docu-drama sur une jeunesse dépravée adeptes d’expériences psychédéliques et hallucinatoires. Une superbe voix-off sentencieuse à souhait nous l’annonce des l’entame : « Cette Alice là n’a jamais vu ni le lapin blanc, ni la reine de cœur, elle n’ira pas au pays des merveilles, mais dans les cavernes sombres et sans fin d’Acidland, là où les contes de fée n’existent pas ! ». Ca en jette non ? En fait, le terrible voyage d’Alice Trenton, notre héroïne, sera pourtant bien moins… comment dire… réjouissant. Jeune fille de bonne famille, Alice rencontre un jour une dénommée Frieda qui l’invite chez elle à une piscine-party (si si !). Afin de détendre l’atmosphère, nos jeunes gens boivent beaucoup et surtout Frieda permet à Alice de fumer son premier pétard. A partir de là, les deux jeunes filles deviennent très très amies, puisqu’elles préféreront aller prendre une douche toutes les deux ensemble plutôt que de profiter du soleil et de la piscine. Forcément après une journée pareille, Alice n’en sort pas indemne et la voix off (oui, parce que il n’y a aucun dialogue dans le film, ça, je ne l’avais pas précisé !) nous confirme que Alice la gentille fille se transforme maintenant toutes les nuits en « hippie sauvage et provocante ». Frieda (qui cache sa ganja dans ses portes jarretelles, ce qui est très classe) l’emmène alors dans les quartiers glauques où des pervers dépravés s’adonnent à des orgies décadentes (en fait un couple s’embrasse timidement sur un canapé, tandis qu’un autre gus lèche timidement les bas d’une nana, je vous dis pas, c’est torride !). Pendant que Frieda retrouve sa petite amie du moment, Alice flirte avec le maître des lieux. Tout ce beau monde s’ébat sur une bande son jazzy vaguement hypnotique (mais idéale pour une ambiance lounge sympathique !). C’est le moment, ami spectateur, d’aller se servir un petit cocktail (un tiers de jus d’ananas, un tiers de jus de canneberges, 1/6 de chambord, 1/6 de midori et le reste de vodka) ou d’aller commander les pizzas si vous regardez la chose entre amis avertis. 

 

Les deux regina et les deux napolitaines (sans anchois) viennent d’arriver et la scène de partouze la plus soporifique de l’histoire du cinéma n’est pas encore terminée, que tout cela est long !!! Puis, Frieda emmène Alice à une autre teuf où elle rencontre un certain « Animal » (encore un pervers) et où Frieda lui fait absorber sa première dose de LSD et là, c’est le clou du film, le bad trip d’Alice que je vous laisse savourer dans son intégralité :

 


Alice bad trip
envoyé par ludozman

Ah ben oui, vu comme ça, ça a l’air fun de tripper au LSD (y’a plein de jolies filles sans aucun vêtement !) mais attention, vous finirez comme Alice, comme un légume !!! Mouhahahahahah !!!!

 

Heureusement, quelques années plus tard, le cinéma d’exploitation prouva qu’il pouvait se montrer bien plus progressiste voire subversif. Au début des années 70, tandis que des documentaires éducatifs surfent sur la vague de la libération sexuelle (comme la saga des Schulmadchen Report en Allemagne), le génial Dennis Van Zak innove en signant en 1971 un chef d’œuvre du « docu-porno », Aphrodisiac ! The Sexual Secrets of Marijuana. Ca commence comme un reportage sociologique nous montrant des gens en train de faire la fête lors d’une soirée entre amis. Ambiance feutrée, discussions vaines et banales, sourires coincés, il y règne un ennui typiquement antonionien que seuls quelques verres d’alcool pourront dérider. Puis nous nous retrouvons dans une « marijuana-party » et vu que sans alcool, la fête est plus folle (comme dirait le poète), nous sommes forcés de constater que faire circuler le pétard aide fortement à faciliter les contacts humains. Fort de ce constat sociologique implacable, Dennis Van Zak construit avec ce film un cocktail absolument unique en son genre de cours d’histoire sur l’origine de la marijuana, de témoignages poignants, d’apartés scientifiques, d’images d’archives rarissimes, de statistiques pointues, de micro-trottoirs fendards et de démonstrations concrètes des qualités aphrodisiaques du cannabis, à travers les cas d’un jeune couple paralysés par leur éducation puritaine, d’un jeune homme sexuellement frustré et obnubilé par son boulot (en fait l’acteur porno John Holmes !) et d’une jeune hippie délurée qui grâce à la petite cigarette magique ont pu goûter à une sexualité débridée et épanouie, ce qui permet alors de pimenter le métrage de nombreux intermèdes dénudés et érotiques. Le propos est asséné avec une prétention tout pédagogique et un sérieux absolu qui rend la vision du film absolument hilarante, comme en témoignent ces larges extraits. 

 

 


La suite fourmille de grands moments comme seul le cinéma bis peut en provoquer, une rencontre amoureuse poignante entre deux hippies subversifs qui ont un coup de foudre après avoir manifester tous seuls devant leur campus.

 

Un micro-trottoir avec un nain (en fait l’acteur Billy Curtis vu dans Le Magicien d’Oz et surtout c’était le héros de The Terror of Tiny Town !!!) qui se fait tirer les oreilles par un des passants.

 

Une leçon de roulage d’un joint à l’effigie du drapeau américain.




















Se terminant sur un plaidoyer pour la légalisation du cannabis, Aphrodisiac ! est un spécimen hilarant de mockumentary (car tout ici est clairement bidonné) involontairement parodique, en fait, ce que l’on appela à l’époque les mondos, un des sous-genres les plus racoleurs et les plus croustillants du cinéma d’exploitation.   

Par Ludo Z-Man
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Mercredi 12 mars 3 12 /03 /Mars 22:40

C’était quasiment à chaud à peine quelques jours après sa sortie en salles (à l'époque ou votre serviteur pouvait encore mettre son blog réguliérement à jour sans que des occupations plus terre à terre ne l'en éloigne) que je commentais à l’époque Hostel, le second film de Eli Roth après un Cabin Fever qui n’avait suscité chez moi à l’époque qu’un ennui poli. C’est donc bien tardivement que je me décide à chroniquer ce second volet qui pourtant s’imposait après sa vision en salles comme l’un de mes films d’horreur préférés de l’année 2007. Il apparaissait alors qu’à l’instar de son grand pote Quentin Tarantino que Eli Roth et son personnage de « petit malin » (voire la très marrante promo orchestrée pour le film sur le Net) cachait en fait peut-être l’un des rares réalisateurs à proposer un film de genre réellement singulier pour ne pas dire personnel à une époque où les cinéastes les plus en vogue du moment ne s’avèrent être au mieux que d’habiles faiseurs. Il s’en est fallu de peu pour que Hostel soit mis au même niveau que l’insupportable et bruyante saga Saw, dont la longévité reste un mystère. Seulement voilà, Eli Roth se régale à brouiller les pistes et si c’est un vrai plaisir de se laisser berner, il faut pourtant éviter le malentendu. A ce titre, alors que pas mal de cinéastes contemporains nous servent un cinéma ultra-référencé quasiment dominé par l’exercice du remake (qu’il soit officiel ou officieux), chez Eli Roth, les références agissent plus comme une toile de fond, en sourdine, et c’est vraiment un pur hasard de visionnage qui m’a fait constater à quel point Hostel 2 était un hommage évident au Dernier Train de la Nuit d’Aldo Lado. Les caméos clins d’œil accentuent évidemment cette filiation au cinéma d’exploitation transalpin (Ruggero Deodato fait une apparition mais aussi et surtout Edwige Fenech, à laquelle le blog du Dr Orlof consacra recemment quelques chroniques !!!!). En fait, Eli Roth nous fait un film d’exploitation à 100% assumé. La preuve, c’est une suite et elle reprend en tous points le canevas de l’original. Il en profite même pour nous donner dans les premières minutes l’épilogue du premier volet et c’est avec cette conclusion abrupte que Roth enchaîne paradoxalement très fluidement avec l’histoire de ce second volet. 

 

Comme dans le premier film, le programme touristique se fait en compagnie de trois personnages, mais cette fois-ci, ce ne sont plus des ados attardés tout droit sortis d’un reportage MTV sur le Spring Break, mais trois demoiselles américaines qui font leurs études en Italie. Encore une fois, Eli Roth fait ici preuve d’une certaine capacité à brosser avec efficacité des personnages qu’on cerne très vite, grâce à une écriture qui va à l’essentiel, un réel sens de la caricature mais aussi de bons choix de casting. Les personnalités des trois filles sont vite cernées, tout en mettant quand même en jeu un processus d’identification plus évident. Alors le fait que ce soit des filles a-t-il une importance ? Eh, bien comment dire, ce qui saute aux yeux, ce n’est pas uniquement ce changement de sexe, mais surtout le fait que ce Hostel 2 joue non seulement sur l’identification mais aussi et surtout sur la séduction. Et ce n’est pas pour rien que le récit s’ouvre sur une scène de séduction : Axelle, cette sublime jeune femme (Vera Jordanova) qui vient poser nue devant les étudiants en arts et le travelling avant sur Beth qui révèle son trouble, un quasi-coup de foudre. Et c’est principalement à cause de cette attirance de Beth pour Axelle que nos trois jeunes filles se retrouveront en Slovaquie. Le piége est tendu. Et la donne change pour nous, spectateurs, car après tout ces trois héroïnes sont déjà pour nous bien plus « attirantes » que pouvait l’être les gugusses du premier volet et puis surtout, on le verra, cette fois-ci, c’est une facette plus pittoresque (dont plus fascinante, voire plus romantique), plus proche de la carte postale que l’on découvrira de la Slovaquie. Certes, le contact avec l’étranger reste toujours chargé d’une certaine brutalité, mais même la condescendance (la scène des bonbons donnés aux gamins) apparaît plus comme une forme de naïveté que comme une manifestation de bêtise crasse. Ces filles ont des atouts, en ont conscience et savent s’en servir. La séduction donc (Whitney idéalement campée par Bijou Phillips en représente l’aspect le plus sexy) mais aussi l’aspect financier car on l’apprend au détour d’une réplique, Beth, l’héroïne, pourrait « se payer la Slovaquie à elle toute seule ». La manipulation se joue à un niveau plus raffiné, si j’ose dire, mais ce jeu de séduction subtile se joue essentiellement entre femmes (et pourtant c’est bien un film d’homme, à vous de voir si Eli Roth laisse ici plus ou moins consciemment s’exprimer une certaine misogynie).  

 

Quand Eli Roth introduit enfin un point de vue masculin, il n’y va pas par le dos de la cuillère, car il nous présente deux personnages masculins qui pourraient être les clones adultes, rangés et embourgeoisés des lascars attardés du premier volet. Sauf que ceux-ci sont les bourreaux. Outre que cela permet à Eli Roth d’élargir le cadre dans une optique paranoïaque, nous faisant découvrir une société secrète dont les ramifications s’étendent sur toute la planète en utilisant les moyens technologiques de pointe pour assurer le fonctionnement de cette multinationale de la barbarie (tout en profitant des joies de la délocalisation car derrière les charmes du tourisme se dissimulent une économie locale parfaitement huilée qui prend racine dans les inégalités sociales les plus violentes, comme pour ce groupe d’enfant qui connaît le fonctionnement et sait déjà jouer au « maillon faible », quand il s’agit de sauver sa peau, ce n’est d’ailleurs pas pour rien que les enfants rejoindront Beth à la fin du film quand elle aussi aura compris « comment ça marche »), il nous force à suivre le trajet initiatique de deux américains venus là pour tenter l’expérience ultime et il y a intérêt à ce qu’ils en aient pour leur argent (bien que, détail intéressant, l’un des deux paye pour l’autre). La beauferie évidente de l’affirmation de leur virilité lors du trajet initiatique (« on va y arriver, on est des vrais mecs, on se fait tatouer comme des grands garçons ») dérape alors dans une effrayante revanche contre le fonctionnement d’une société occidentale ultra-civilisée (basée sur un système matriarcal) mais pour le coup complètement oppressante et terriblement violente (et ça Roth le dit en un plan quand il présente le personnage de Stuart joué par Roger Bart; en plus là encore, excellente idée de casting, il prend des acteurs de série télévisée, de soap, incarnant presque malgré eux cette image clean du citoyen des classes aisées des suburbs). Et c’est terrible parce que le film semble nous dire que le seul moyen de survivre reste pourtant de devenir un des maillons de la chaîne.

 

Comme dans le premier opus, les personnages deviennent de plus en plus réalistes et ambigus au fur et à mesure que le récit, lui, dérape dans l’épouvante et l’horreur absolue. Si le retournement se fait de manière ostentatoire lors d’une scène gore particulièrement atroce (et là, je vous préviens en toute honnêteté, la séquence est franchement dérangeante même pour un spectateur averti) qui débute d’ailleurs un plan de rotation à 360 degrés, la suite nous joue le tour de grand huit, car tout ce qui n’était que latent depuis le début explose mais le film prend alors l’allure d’une grande farce macabre où l’humour, loin d’atténuer la noirceur du propos, semble en révéler la folie. Loin de surenchérir dans le gore trash et le grand-guignol, Roth joue énormément de la suggestion et privilégie l’horreur comme une concrétisation cauchemardesque du discours satirique du film. L’élégance de son style tient au soin évident apporté à la lumière et au rythme qui s’avère fluide avec une vraie maîtrise dans la gestion de la durée. Eli Roth ne frime pas, chaque plan va à l’essentiel et il n’a pas peur du plan fixe et ne cède jamais à la mode du surdécoupage inutile, ce qui tranche agréablement avec pas mal de tics de cinéastes de sa génération. Comble de la malice, c’est dans un éclat de rire final que l’on se rend compte qu’au fond, on s’est fait très peur avec ce Hostel 2.

 

Par Ludo Z-Man
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Mercredi 12 mars 3 12 /03 /Mars 22:37

Le cinéma bis italien s’avère souvent surprenant à découvrir car il repose, exploitation oblige, sur des schémas éprouvés auquel pourtant des cinéastes à la carrière labyrinthique, zigzaguant sans cohérence apparente d’un genre à un autre, arrivaient à apporter toujours un élément atypique, voire personnel. Aldo Lado, comme pas mal de cinéastes italiens de cette époque, aligne une filmographie moins prolifique que certains de ses contemporains mais déjà bien hétéroclite bien que dominée par le giallo au début de sa carrière. Sorti en Italie en 1975 puis chez nous trois ans plus tard assorti d’une interdiction aux moins de 18 ans et dans une version considérablement raccourcie (et la découverte de cette version intégrale est des plus déroutante puisque l’on s’aperçoit que ce sont essentiellement des scènes de dialogues qui ont été sacrifiées et non des séquences controversées qui aurait été censurées car jugées trop violentes, alors que chez nos amis anglais, le film fut interdit et classé comme video-nasty), Le dernier train de la nuit connu de surcroît une palanquée de titres alternatifs (le film s’appelant tout d’abord La bête tue de sang froid mais il fut aussi exploité en vidéo avec des titres comme Le train de l’enfer ou Le train de la mort se rapprochant ainsi du titre anglais Night Train Murders). Des titres plus ou moins explicites qui expriment dans un sens l’aspect inclassable de cette œuvre.

 

Ca commence par une chanson de Demis Roussos… non, ne partez pas, je sais, mais bon, c’est comme ca, d’entrée, Demis Roussos, donc. Alors, forcément, dit comme ça, on s’attend à un grand moment de splendouilletterie (copyright Devo) et voilà donc que le générique nous sert une série d’images prises sur le vif  On est à Munich et à la manière d’un vulgaire reportage, Lado filme la banalité la plus absolue : les gens qui se baladent, les décorations de Noël, les étalages de charcuteries dans les magasins. Les plans très courts se succèdent et on ne se rend compte qu’au fur et à mesure que des personnages qui n’aurait pu n’être au fond que des figurants vont être en fait les héros du récit à venir. C’est comme si au fond les personnages étaient arbitrairement tirés au sort dans la foule pour être les protagonistes d’une histoire qui va les emmener là où ils ne pensaient sans doute pas aller. Il en émane déjà ce sentiment qu’à chaque moment, il se passe quelque chose ailleurs (hors champ) qui détermine le futur des personnages, sans que ceux-ci n’aient conscience qu’une mécanique inéluctable est en marche. Mais il ne s’agit pas pour Lado de rabaisser tout le monde au rang de victimes, y compris par ailleurs le spectateur forcé de contempler des le générique le spectacle d’une agression tristement banale (un type déguisé en père Noël se fait dépouiller par deux loubards). Un des personnages secondaires apparaissant très tardivement dans le film symbolise parfaitement cette ambiguïté dans le sens où il passe par tous les stades : il sera voyeur, puis complice du crime à venir puis enfin délateur tout en s’en sortant en toute impunité. Il n’y qu’un pas à franchir pour y voir en quelque sorte une métaphore de la position du spectateur (la position du voyeur est fréquente dans le film, on assiste souvent à une scène à travers les yeux d’un personnage qui regarde par une vitre ou une fenêtre).  

 

L’histoire est la suivante : deux jeunes étudiantes résidant en Allemagne vont passer les fêtes de fin d’année en Italie chez les parents de l’une d’elle. Elles décident de faire le voyage en train, or dans ce train montent aussi les deux loubards qu’on a croisé pendant le générique ainsi qu’une étrange femme, élégante et un peu énigmatique (jouée par Macha Méril qui la même année interpréta le rôle de la voyante assassinée dans le Profondo Rosso de Dario Argento) dont on ne connaît à ce stade guère le rôle. La construction du récit se fait alors sur un resserrement progressif du cadre du film. L’espace mais aussi le nombre du protagoniste va se restreindre au fur et à mesure que les rapports de force entre eux se dévoilent. Et dans la longue première partie du film (le premier tiers qu’on pourrait appeler « le premier voyage »), Lado passe de la foule bigarrée du début à une vision compartimentée du monde et il est clair que tous les contacts entre des personnages de fonction sociale différente aboutissent sur un conflit. On note ce moment où l’un des deux voyous raillent une bande d’extrémistes fachos qui font des saluts nazis dans leur compartiment (l’ombre du nazisme planant sur le film de manière diffuse mais certaine). Le seul personnage qui semble s’échapper de ces conventions et donc pouvoir se permettre la transgression (voire la photo pornographique qui s’échappe de sa valise) est celui de cette femme trouble jouée par Macha Méril. Et cette ambiguïté ne se résout guère dans la scène ou enfin elle entre en jeu, cette séquence de sexe brutal dans les toilettes du train avec un des jeunes voyous, sorte de viol où l’on ne sait lequel des deux protagonistes est la réelle victime.

 

C’est alors que cette femme va en quelque sorte contaminer tout le film et son caractère mystérieux (est-elle le Mal incarné ? ou doit-elle son pouvoir à sa manière d’utiliser le sexe et l’argent pour dominer autrui ?) précipite le film dans le fantastique et l’horreur et c’est lors du « second voyage » en train, la deuxième partie du film que le drame se noue. A ce titre, la mise en scène d’Aldo Lado se révèle d’une étonnante efficacité. Il y a à la fois quelque chose de complètement ostentatoire et de très sophistiqué dans la manière dont il construit son film. Le réalisme apparent de la première partie (esthétique du reportage, montage fluide et alerte) cède peu à peu la place à une mise en scène plus baroque évoquant inévitablement le giallo (on note la belle photo de Gabor Pogany et notamment son travail sur les couleurs et la lumière dans le passage progressif du film vers une ambiance nocturne puis la belle scène des « sandwiches de Noël » dans des teintes quasiment sépia avant que les ambiances se fassent définitivement plus agressives). Le montage se fait lui aussi plus chaotique, jouant aussi sur la désynchronisation progressive de la bande son, littéralement envahie par le bruit répétitif du train et le motif musical d’Ennio Morricone qui semble ici pasticher son thème de l’harmonica d’Il était une fois dans l’Ouest, introduisant une note westernienne qui est loin d’être hors sujet. Car c’est bien une vengeance de western qui va succéder à cet éprouvant cauchemar où le train de nuit remplace la diligence. Mais la référence qui saute aux yeux n’est malheureusement pas celle là, en effet le dernier tiers du film achève de faire du Dernier train de la nuit un quasi-remake de La dernière maison sur la gauche, cet ultime acte reprenant en effet à l’identique le déroulement du film de Wes Craven. L’exploitation reprend pour ainsi dire le dessus et ce dernier tiers s’avère, outre l’impression de déjà vu, bien moins percutant à tous les niveaux, plus prévisible logiquement mais aussi moins original dans son exécution.      

 

Ce n’est donc pas le moindre des paradoxes de ce film, qui, loin de sa réputation de film d’horreur hardcore, est un objet bizarre oscillant le fait divers réaliste, le cauchemar fantastique et la fable sociale, même si sur ce dernier point, Aldo Lado semble aujourd’hui avoir un peu trop tendance à plaquer une interprétation univoque au film (en gros, en faire un brûlot anti-bourgeois) comme pour justifier la part sulfureuse de son contenu (un peu comme aujourd’hui, il est de bon ton de limiter les films de Romero à leur sous-texte politique comme si c’était le seul moyen de justifier le talent réel du cinéaste), là où l’ambiguïté reste pourtant une des ses plus grandes qualités.     

Par Ludo Z-Man - Publié dans : série bis
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